lundi 18 octobre 2010

La vie sociale de l'insuffisant rénal.

Aux débuts j'avais honte. Je me sentais humilié, déficient, inapte et je ne voulais plus rencontrer mes amis ou mes parents. J'avais l'impression d'être regardé comme une bête curieuse ou celui qui s'en fait pour rien. En fait, je me suis heurté à beaucoup d'ignorance ou d'incrédulité.  "Les reins, me disait-on sentencieusement, quand même ce n'est pas le coeur." Maladie rénale rimait surtout avec pierres aux reins ou difficulté d'uriner. Je me suis donc lancé dans une campagne pédagogique et puis décidé de ne plus me préoccuper du regard des autres.
J'avais boudé les restaurants, car  je déprimais à la lecture des menus remplis de plats interdits. Le seul plaisir queje m'accordais, était de boire du vin etdu vin. Les raisons en étaient fort simples: pas de rprotéine et peu de potassium. Hélas, cela ne dura pas longtemps, car survint bientôt une intolérance du glucose qui me força à en boire plus que modérément. 
Constatant que ma vie sociale s'éffritait, redoutant que cet isolement monacal dans lequel je m'étais réfugié ne provoque une dépression sévère, je me résolus à faire emsnlant et recommença à fréquenter les restos où les menus offrent des choix végétariens. Il y ene a de plus en plus.
Ma femme a joué un rôle prépondérant pour me maintenir à flots. Elle a accepté de revoir sa diète pour que je ne me sente pas puni par la vie. Je ne peux que lui rendre hommage, car elle a supporté pendant toutes ces années mes sautes d'humeur de plus en plus fréquentes, mes révoltes métaphysiques, mes espoirs futiles. Elle a toujours été mon rayon de soleil.
La vie est faite de deuils successifs qui nous permettent d'accepter peu à peu notre condition humaine. certains en sortent grandis, d'autres succombent sous les coups de bélier, ou alors s'adonnent à des rites religieux qui les consolent. Telle est la grande leçon que j'ai apprise à mon corps défendant.

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